Pourquoi la facture d’électricité ne baisse pas ?

dimanche 15 mars 2015
par  EcoEnergieTech
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Le 1er juillet 2007, le marché de la fourniture d’électricité aux ménages a été ouvert à la concurrence. Cette ouverture du marché de l’électricité concerne l’ensemble des 26 millions de ménages français. Il s’agit d’un marché colossal correspondant à une dépense annuelle cumulée de plus de 15 milliards d’ euro. Chaque foyer consomme en moyenne 5300 KWh par an, soit une facture annuelle moyenne de près de 580 euros. Les caractéristiques physiques de l’électricité sont très particulières, ce qui rend le fonctionnement du marché singulier. Tout d’abord, il s’agit d’une énergie secondaire générée à partir de sources d’énergies primaires (uranium, charbon, gaz...). Le coût de production du KWh est donc dépendant de celui du combustible choisi pour le produire. En France, le mix énergétique est très largement dominé par le nucléaire (78 %), l’hydraulique assure 11 % de la production, les ressources fossiles un peu plus de 10 % et les énergies renouvelables moins de 1 %.


Depuis le 1er juillet 2007, deux régimes tarifaires sont en vigueur sur le marché : les tarifs réglementés soumis à l’approbation de l’Etat et proposés uniquement par le fournisseur historique (EDF) et les prix de marché, déterminés contractuellement par tous les opérateurs du marché, y compris les opérateurs historiques. Pour le moment, l’écart entre tarif régulé et prix de marché n’est pas significatif. Assez logiquement, les opérateurs qui tentent de pénétrer le marché français se positionnent par rapport à ces tarifs. Ces tarifs réglementés jouent comme un aiguillon de la concurrence et contribuent à tirer tous les prix vers le bas. Cependant, les modes de détermination du prix du KWh dans le cadre des tarifs régulés et sur le marché « libre » sont totalement différents. Les prix libres ne pourront pas durablement rester inférieurs au tarif réglementé. L’explication est simple, elle ne relève pas de l’interprétation mais tout simplement des mécanismes naturels du fonctionnement du marché électrique.

  • Dans le cadre des tarifs réglementés, le prix de vente de l’électricité tient compte du mix de production électrique de la France, composé à 80 % d’électricité nucléaire et à plus de 10 % d’électricité hydraulique. Le prix du KWh est par conséquent très largement déconnecté du coût des énergies fossiles (gaz, pétrole, charbon). En langage économique, on parle d’une tarification au coût complet de production (ou coût marginal de long terme).
  • Sur le marché « libre », le prix de vente de l’électricité est déterminé par celui de la technologie la plus coûteuse nécessaire pour ajuster l’offre à la demande d’électricité. Or, les capacités nucléaires sont insuffisantes pour répondre à tout moment à l’intégralité de la demande. C’est pourquoi le prix de marché est déterminé par les coûts de l’électricité produite à partir de sources d’énergies fossiles, majoré d’une taxe sur les émissions de CO2. En langage économique, on parle d’une tarification au coût marginal de production.

Dans un marché totalement ouvert, l’absence de répercussion dans les prix de vente des faibles coûts du nucléaire est compatible avec un fonctionnement du marché normal et efficace. C’est pourquoi les prix élevés observés sur la partie dérégulée des échanges actuels ne résultent pas d’un manque de concurrence, mais bien de l’existence d’une rente de rareté du nucléaire en France.


Le prix brut de l’électricité (électron) n’est qu’une part assez faible de nos factures d’électricité. Selon le type de client, l’achat de l’électron représente de 25% à 60% de la facture (le pourcentage est plus faible pour les petits consommateurs particuliers, plus élevé pour les gros consommateurs industriels). Or, les autres composantes de la factures, elles, ne baissent pas ! Il s’agit principalement des coûts de transport et distribution, et des taxes et autres contributions liées à l’électricité.

Par exemple : la CSPE (Contribution au Service Public de l’Electricité). Cette contribution sert notamment à soutenir le développement des énergies renouvelables, via les tarifs d’achat de l’électricité éolienne et photovoltaiques. La CSPE est passée de 4,5 € / MWh en 2010 à 16,5 € / MWh, soit + 12 € / MWh.


L’électricité Française est principalement d’origine nucléaire, à presque 80% : record mondial :

La France dispose de 59 réacteurs nucléaires (pour 132 en Europe). Seuls les Etats-Unis en ont davantage, avec 104 réacteurs nucléaires, pour une part du nucléaire de seulement 20% dans la production totale d’électricité.

Les seuls pays à rivaliser en terme de part du nucléaire dans la production électrique sont la Suède (52%), la Belgique (55%), la Slovaquie (56%). En Europe, plusieurs pays n’ont pas recours au nucléaire : Italie, Portugal, Autriche, Irlande, Danemark…


Nous nous chauffons à l’électricité :

En parallèle de la construction des centrales nucléaires, la France a développé massivement le chauffage électrique.

Très peu de pays ont fait ce choix, en raison du mauvais rendement énergétique du chauffage à l’électricité. Exceptions notables : la Norvège et le Québec, eux aussi, se chauffent à l’électricité. La raison est simple : ces pays produisent leur électricité à plus de 90% à partir d’énergie hydraulique… Dès lors, autant utiliser au maximum cette électricité !

Conséquence pour ces pays chauffés à l’électricité : une grande « thermosensibilité » en hiver. A savoir : la consommation d’électricité dépend fortement de la température. En France, la baisse de la température de 1°C en hiver a pour conséquence une hausse de la puissance électrique consommée équivalent à 2 réacteurs nucléaires ! Le schéma ci-dessous montre, pour le glacial hiver 2012, la part du chauffage dans la consommation électrique en France (source : RTE).

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Notons que la thermosensibilité peut aussi être inversée. Au Texas, par exemple, comme dans beaucoup d’états du sud des USA le large développement de la climatisation crée une forte thermosensibilité en été. Leur problème est alors inversé : l’augmentation de la température en été crée des pics de consommation d’électricité…


EDF fournit ses concurrents :

En France, la production électrique d’origine nucléaire représente environ 400 TWh / an. Les ¾ de cette production sont utilisés pour alimenter les clients d’EDF, principalement via les Tarif Réglementés de Vente. Le ¼ restant, soit 100 TWh, est la quantité maximale qu’EDF réserve pour ses concurrents. En effet, le principal fournisseur d’électricité est tenu de vendre à ses concurrents un ¼ de sa production, à prix coûtant ! C’est le mécanisme ARENH (Accès Réglementé à l’Electricité Nucléaire Historique), mis en place par la loi NOME (Nouvelle Organisation du Marché de l’Electricité) du 7 novembre 2010.